A M. LOUIS DIDON
qui avait envoyé une terrine de foie gras du Périgord
au Courrier Français,
à l'occasion du Réveillon



Un poème, Didon, ta terrine de foie !
Des gens seraient sortis volontiers de prison
Pour flairer seulement sa douce exhalaison.
A son seul souvenir l'oeil du Courrier flamboie.


Pour payer ce chef d'oeuvre il n'est point de monnoie,
Et c'eût été trop peu de l'antique Toison :
La truffe ambrosiaque y tenait garnison
Et l'emplissait de grâce et d'amour et de joie.


Aussi, pour cet envoi gracieux, ô Didon,
Nous te remercions en masse, mais, dis donc,
Je vais te dire ici, - la vérité m'y pousse -


Quel est mon désespoir et le regret que j'ai :
Je n'en eus, pour ma part, que gros comme le pouce ;
Ce bougre de Quinzac a presque tout mangé.


RAOUL PONCHON
le Courrier Français
01.01.1888

.



.
Aux lecteurs du
« JOURNAL »
.
Bonjour, bon an


O lecteurs, brillante phalange,
Peut-être vous vous demandez
Quelle est cette personne étrange
Qu’on voit toujours à mes côtés ?…


C’est ma Muse, jeune bacchante
Qui dorlote mes célibats.
Il sied que je vous la présente,
Si vous ne la connaissez pas.


Oh ! Elle n’est pas de ces muses
Qui vont donnant du nez au ciel
Jusques à s’en rendre camuses.
Elle vit, c’est l’essentiel.


Il est des choses, pauvre brute,
Qu’elle ne comprendra jamais.
Les différents pics de la Butte,
Ce sont là ses plus hauts sommets.


Elle aurait une voix plus forte,
Que cela n’en vaudrait que mieux .
Elle ne l’a pas. Il m’importe ;
C’est affaire entre elle et les Dieux.



C’est une bonne fille, en somme.
Son nichon n’est pas surhumain,
Il tient dans la main d’un brave homme,
C’est-à-dire ma propre main.


Elle est timide, elle est peureuse ;
Elle va son chemin plan plan,
Sans plus, s’estimant fort heureuse
Quand elle atteint le bout de l’an.


Elle aime les bois, la campagne,
Les fleurs qu’on trouve à chaque pas,
Aussi les châteaux en Espagne,
Pourvu qu’ils n’aboutissent pas.


Elle n’a pas un tout de haine
Gros comme un grain de Chènevis,
Au point qu’elle me fait des scènes
Pour n’être point de son avis.


Je sais bien que l’on lui reproche
De fréquenter le Cabaret.
Quand elle a trois sous dans sa poche.
Parbleu ! Qu’est-ce qu’elle en ferait ?



Certes, on l’y trouve d’emblée,
Quand on la cherche, Dieu merci !
Mais dans une docte assemblée
On peut la rencontrer aussi.


Parfois, quand elle a le nez… rose,
- C’est même son état normal -
Je l’ai rouge, moi qui vous cause.
Cela ne va pas plus mal.


Elle boit, tout en restant digne.
Marche-t-elle d’un pas tortu ?
C’est pour flatter le cep de vigne,
Par déférence et par vertu.


Va-t-elle jusqu’à la débauche ?
Son caractère n’en sait rien.
Elle a toujours le cœur çà gauche,
Absolument comme le mien,


Qui déverse, dans la seconde,
L’amour dont le ciel le combla ;
Elle embrasserait tout le monde,
Si je n’y mettais le holà…


* ..* ..*



Telle est cette personne étrange
Qui me plonge dans des émois,
Buvant - quand elle ne les mange -
Tous mes appointements du mois.


Et quand elle a, toute l’année,
Bu comme un vrai Sancho Pança,
Cette malheureuse damnée
A toujours soif. Expliquez ça.


Non? N’expliquez rien, je préfère.
Venez plutôt chez le bistro,
Que nous vous offrions un verre,
Chers lecteurs… mais vous êtes trop.



RAOUL PONCHON
Le Journal
02 janvier 1905
.
.




REVEILLON de NOËL
.

Seigneurs ou sainte canaille,
En ce jour divin,
Mangent de la cochonnaille
Et boivent du vin.

Déjà mon appétit grouille,
Car, voilà soudain
Des astragales d’andouille
Et de noir boudin



- Ainsi font les folles vignes -
Fleurir tout partout.
O spectacle des plus dignes,
Succulent partout !

De la cuisine à l’office,
En chaque maison,
On choit sur de la saucisse
Et du saucisson.


Bons charcutiers ! Sur mon âme,
Ils font de leurs doigts
Tout ce qu’ils veulent, madame,
Tant ils sont adroits !





De leurs couteaux invincibles,
Rien qu’avec du lard
Ils font des fleurs comestibles.
O comble de l’art !


J’en prends à témoin quiconque,
Ces braves gens-là
Prennent un cochon quelconque,
Et disent : voilà !


Voilà mille bonnes choses,
Pâtés, jambonneaux…
Voilà des lis et des roses,
Nés de nos fourneaux.

Avec du cochon… que dis-je ?
C’est ça le plus beau,
Qui tient vraiment du prodige,
Certains font du… veau !



*
*... *


Voire, en cette nuit de joie
Que nous célébrons,
On voit d’elle-même l’oie
Pondre des marrons.


La dinde, chair un peu « muffe »
Généralement,
Court au devant de la truffe,
Fer de cet aimant.


Les bouteilles toutes seules
Montent l’escalier,
Par crainte de rester seules
Au fond du cellier.





Et quand vient l’heure classique,
Minuit pour le quart,
C’est, avec ou sans musique,
Un vrai balthazar !


Et cela dans tout l’empire,
Dans les moindres bourgs.
De sorte que l’on peut dire,
France, mes amours,


Que si Paris est le centre
Où ton esprit bout,
En cette nuit-là, ton ventre
Est un peu partout.

RAOUL PONCHON
Le Journal
23 déc. 1912






RAOUL PONCHON
sire de Bourgueil et de Vouvray...


Louis Thomas (1885-1962) écrivain, romancier, essayiste et polémiste français, éditeur, collaborateur de la Revue critique des idées et des livres, publia la plupart de ses écrits sous son nom mais utilisa souvent le pseudonyme Georges Pierredon... tel cet article à propos de PONCHON....












TRISTESSE et RESPECT


RAOUL est triste de laisser un ami en chemin
BRUNO LECLERCQ
avec lequel les échanges furent toujours chaleureux

Amitié à sa famille



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.
.
LA GUERRE et LA PAIX
.


La guerre est de ce monde où les plus laides choses
Ont le meilleur destin ;
C’est de quoi, comme on dit aux Sorbonnes moroses,
Y perdre son latin.


Et vous pouvez jeter sur elle l’anathème ;
C’est un geste charmant.
La guerre durera jusqu’à l’heure suprême
Du dernier jugement.


Et vous verrez encor des séances macabres
Chez les peuples partout,
Et tous vos grands discours et toutes vos palabres
N’y feront rien du tout.


Ne resterait-il plus que deux êtres sur terre
Ils se battraient encor
Et l’un serait bientôt de l’autre tributaire,
A moins qu’il ne fut mort.




Depuis que le progrès exerce son ravage
Sur ce monde sans but,
Il semble bien que l’homme est tout aussi sauvage
Qu’il fut à son début.


On veut croire que ce ne sont pas feux de paille
Que tous vos beaux transports ;
En attendant, là-bas, les corbeaux font ripaille
Sur des milliers de morts.

On se bat au Maroc… On se bat au Mexique,*
Sous l’œil du Manitou
En terre chrétienne ainsi qu’en la bouddhique,
En musulmane itou..


Votre, du haut en bas de l’échelle des êtres,
Se tuent bôtes et et gens.
C’est toujours : ôte-toi de là, je veux m’y mettre.
Il serait exigeant


De vouloir, après tout, que notre espèce humaine
Échappât à ces lots ;
L’homme n’est vraiment pas ce rare phénomène
O Constant ! que tu crois.


*
*
... *



Ton erreur, Ô Constant, sera donc d’Estournelles ?
Éternelle pardon ! *
Toi qui crois voir un jour des cités fraternelles
Sous le même guidon !

Sache-le tout d’abord, prince des utopistes,
Quand je m’adresse à toi,
Je m’adresse aussi bien à tous les pacifistes
Qui partagent ta foi.


Concevoir une paix internationale,
Surtout en ce moment,
Nous parait une idée assez originale
Mais obscure, et comment !


Certes la paix pourrait trancher plis d’un problème,
Bien des malentendus ;
Enfin, c’est un beau rêve, et que je fais moi-même,
A mes moments perdus.

Mais dans tous vos congrès, toutes vos conférences,
Quand vous faites un pas
Vers nos voisins, en leur tirant des révérences,
Eux, ils ne le font pas.


Il faut, à notre avis, avoir le crâne en pointe,
Avecque rien dedans,
Ou, comme qui dirait, peu de jugeote y jointe,
Pour choir en ces godans.


*
* ...*


Pour quant au survivant, je le vois pâle et blême
Contristé de n’avoir
Plus personne à tuer, et se tuant lui-même,
Mettons… de désespoir.


RAOUL PONCHON
le Journal
15 juin 1914



... 28 juin 1914, assassinat à Sarajevo de l'archiduc François-Ferdinand
... 1er août, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie,
puis le 3 à la France...
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le PARESSEUX et le FEIGNANT
.

Mon père m'a toujours dit,
En vrai sage de Grèce,
Qu'il était : "Crois-moi, mon petit,
Cultive la paresse.


" Avec l'ardeur que je te sais
Si jamais tu te livres
A de laborieux excès,
Tu n'as pas longtemps à vivre. "

J'ai suivi son conseil du mieux
Que j'ai pu, pardine !
J'ai fait comme Toujours Amieux,
Le marchand de sardines.

Ce fut dur au commencement.
Mettez-vous à ma place.
Quand on a du tempérament,
C'est la pire disgrâce

Que de rester sans travailler.
C'est dire, en quelque sorte
Au fer : tâche de te rouiller ;
A la vie : sois morte.

Pourtant petit à petit, je
Me mis à rien faire.
Et puis je pris goût à ce jeu
De moins en moins sévère.

Aujourd'hui plus mûri, plus fort,
J'ai fait de la paresse
Mon travail favori, mon sport,
Le seul qui m'intéresse.

Je ne suis pas de ces feignants
Pourtant, à domicile,
Indécrottables, répugnants,
Véritables fossiles ;


Le feignant ne se doute point
Des bonheurs que procure
La paresse. il reste en son coin
A faire son ordure.


Il est feignant et voilà tout.
Il l'est sans conscience.
Il se trouve aussi bien partout.
C'est presque une science

Que la paresse. Un paresseux,
A la rigueur, peut être
Actif à ses moments oiseux,
Et vif comme un salpêtre.

De même l'on voit un poltron
Au sein d'une bataille
Frapper comme un vrai bûcheron
Et d'estoc et de taille.

Le feignant est toujours feignant.
Le feignant est un lâche,
Toujours gnan-gnan, toujours geignant,
San espoir ni relâche.


Le paresseux peut quelquefois
Poursuivre un noble rêve.
Il aime les champs et les bois,
Il adore les grèves.

Il est volontiers comme le
Héros d'Eugène Sue
Il jusques à devenir bleu
Travaille, peine et sue


Pendant des mois, pendant des ans,
Pour plus tard, ô sagesse !
Jouir des plaisirs si plaisants
Que donne la paresse.

Je voudrais bien le faire aussi
Mais, malgré mon intrigue,
Rien que pour écrire ceci
Je suis mort de fatigue.




RAOUL PONCHON
le Courrier Français
17 août 1902







.
.


.A CHACUN SON LEZARD
.

Je pense à la querelle
De ces jours-ci pour un lézard
Qu’une vieille sempiternelle
Avait avalé par hasard,

(Qu’elle disait) en son enfance,
Et qu’elle avait senti grandir.
Et ce saurien dans sa panse
La faisait bougrement souffrir.


Mais les gens n’y voulaient pas croire :
« Un lézard si petit qu’il soit,
N’eût pas vécu dans cette armoire ;
Est-ce que cela se conçoit ? »

Cependant, sur son insistance
Un chirurgien fut appelé.
Et le cas étant d’importance,
Avec lui ce fut tôt réglé.


Il fendit en deux la gidouille
De la vieille et n’y trouva rien.
Il eut beau fouiller - je te fouille -
Pas l’ombre du moindre saurien.

J’en étais sûr, dit le Vulgaire,
Comment voulez-vous qu’un lézard ?…
Et moi, je dis, tout au contraire :
On devrait en trouver un. Car


Nous tous, de l’Humaine lignée
Avons, dès le cotylédon,
Dans le plafond une araignée,
Comme un lézard dans le bedon.
.

L’araignée est assez tranquille,
Et, toute à ses obscurs travaux,
Du soir au matin elle file
L’humble trame de nos cerveaux.


Il n’en va pas de même sorte
Pour le lézard, bien entendu,
Qui n’est jamais d’humeur accorte,
Et ronge notre individu.

Il est établi tout au centre
De nos tripailles et nous rend
L’esclave nul de notre ventre,
A tout le reste indifférent.


Cet animal-là fait, en somme,
A chacun son tempérament.
Selon son hôte, femme ou homme,
Il agira différemment.

S’il veut que tu manges, tu manges,
En devrais-tu crever cent fois.
Et toi, c’est à des jeux étranges
Qu’il t’oblige, et que trop je vois.


Le mien, de lézard, me fait boire
De l’aurore à minuit et quart.
C’est son ordre comminatoire.
Je n’y puis rien. C’est mon lézard !


« Parbleu ! J’admire votre zèle,
M’allez-vous dire - vieux pochard.
Mais on n’a rien trouvé chez elle…
Votre vieille… en fait de lézard. »


Eh bien, qu’est-ce que cela prouve ?
Peut changer à la question ?
Je crois qu’à toute règle on trouve
Tout au moins une exception.

Donc, ma vieille sempiternelle
Était - les Dieux m’en soient témoins ! -
Une femme exceptionnelle
Et bizarre, ni plus ni moins.



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
07 juin 1906



 







 l'ORME des SOURDS-MUETS
.


1903

Rue Saint Jacques à Paris, près du jardin du Luxembourg réside l'institution des sourds-muets : au début du XXe siècle s'élevait un orme colossal, à gauche de la cour d'honneur, planté vers 1600 sur les prescriptions de Sully, ministre d'Henri IV et baron de Rosny. Ce terme de rosnis désignait l'orme, bois résistant travaillé par les charrons. Dans "Notre-Dame de Paris" (1831), Victor Hugo  mentionne cet orme que l'on pouvait voir des environs, de Montmartre, de Belleville, de Saint-Cloud et Châtillon. Il servait de repère pour se donner rendez-vous.
L'orme majestueux des Sourds-muets fut brutalement frappé d'apoplexie. Lors de son abattage en 1903, il atteignait 45 mètres de hauteur et sa circonférence de base mesurait 6 mètres. Un fût de 10 mètres couvert de lierre subsista encore un quart de siècle avant que l'on ne fasse disparaître fi
nalement l'ancêtre végétal.




O0O

On vient d’abattre et de débiter l’orme des sourds-muets
 jusqu’à hauteur de dix mètres...
.

Les sourds-muets avaient un orme
Immense, colossal, énorme,
Aussi haut que Hugues Delorme.

Cet orme ombrageait quatre cours ;
Et c’était la fierté de ces sourds,
Et de ces muets les amours.


Ce géant trois fois centenaire,
Digne en tous points qu’on le vénère,
Devint un beau jour poitrinaire.

On essaya, vous pensez bien,
Pour le sauver, plus d’un moyen.
Hélas d’hélas ! Rien n’y fit rien.


Il mourut. Son maigre squelette,
Un an, défia la tempête,
Dedans sa cour sourde-muette.

Puis, craignant de voir trébucher
On résolut de le faucher,
Et le vendre sur le marché.
.

Le faucher ! Vous croyez peut-être
Qu’à Paris on fait disparaître
Un arbre dont on est le maître,

Comme ça, sans plus de façon ?…
Vous voulez rire, mon garçon,
Ou vous êtes pris de boisson.


Sachez que vous ne pouvez oncque
Abolir un arbre quelconque.
« Il est à moi, donc je le tronque »

Ne fut jamais un argument.
Il y faut le consentement
Et l’appui du Gouvernement.


Il y faut des kilos, des stères
De papiers dans les ministères,
Des constats d’huissiers, de notaires ;

Et tout cela n’est rien encor
Tant que l’Édilité major,
N’opina point de sa voix d’or.


Et comme ces illustres poires
S’éternisent dans leurs grimoires,
Pensez si c’en est des histoires !


Enfin nul n’évite son sort.
Voici que sur cet Orme mort
Ces messieurs tombèrent d’accord,


Il fallait l’abattre, en principe.
Des délégués du Municipe
Vinrent avec toute une équipe


De bûcherons, chez nos muets.
Lesquels bûcherons étaient prêts
A réduire l’arbre en cotrets ;




Mais qui n’est pas pour nous surprendre,
Muets disaient : Venez le prendre,
Et sourds ne voulaient rien entendre.

Cependant qu’à leur orme mort
Ils faisaient , dans leur saint transport,
Une barrière de leur corps.


La lutte fut atroce et sombre.
Mais auparavant que vint l’ombre,
Ils avaient cédé sous le nombre.


Leur orme fut coupé, taillé…
Disons pourtant que, par pitié,
On leur en laissa la moitié.



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
30 août 1903




.
.
.

POUR UN BUSTE
.
Bons camarades de la Presse
Comme aussi de la Poésie
Fleurs de muflisme et de bassesse
Élite par quel Dieu choisie ?...
(VERLAINE - Invectives)
.
.
Certains de nos Juvénaux
De nos vieilles pies
Qui vont noyant, les journaux
Sous d'âpres copies,
.
Veulent bien des monuments
pour d'anciens ministres
Qui sous dix gouvernements
Ont été des cuistres ;
.
Pour des... que sais-je ?... des riches...
Des pâtres d'andouilles...
Des marchands d'huile ou de suifs
Et des pédezouilles ;
.
Ils voient sans inconvénients
Sur leur cheminée
Murger, cet étudiant
De vingtième année,
.
Voire, la mère Ibrahim,
Matrone professe
Blessée à Sidi-Brahim
Ainsi qu'à la fesse :
.
Dont le seul petit côté
Est en quelque sorte
De n'avoir pas existé
Bien qu'elle soit morte...
. .
Mais s'agit-il de buster
Notre cher Verlaine
Les mêmes vont protester
Jusqu'à perdre haleine.
.
Buster Verlaine ! on se fout
De la République !...
Il a perturbé le goût,
C'est un alcoolique.
.
Ce mécréant a vécu
De sorte incongrue...
Et voilà sur ce vaincu
Que chacun se rue,
.
Et mesure à son compas
Le noble poète,
Ses chutes et ses faux pas,
Sa galante fête.
.
Ceux qui devraient à coup sûr
Être plus sévères
Pour eux-mêmes, daubent sur
Ce roi des Trouvères ;
.
Ces censeurs minutieux
Veulent que cet aigle
Ait, pour planer dans les cieux
Des papiers en règle.
.
.
Que dis-je ? tel triste pied
Se paye sa tête :
Il la voudrait plus pompier.
Que ce pied est bête !
.
On ne peut, dit le benêt
Etablir un buste
Avec ce profil qui n'est
Pas celui d'Auguste !
.
Ainsi, pauvre Lélian,
Ame des moins louches
Toi dont le vers souriant
Vole sur nos bouches,
.
Tu n'es pas pour ces lys
Que partout l'on cite,
Ni beau pour ces Adonis :
Eh ! va donc, Thersite !
.
.
RAOUL PONCHON
le Courrier Français
1896.
.


DES FLEURS POUR PONCHoN


OUEST-ECLAIR
1937








SOUVENIRS
d'Hugues Delorme
1936

Lectures pour Tous






dessin J. Toucher







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OUEST-ECLAIR
6 décembre 1937